L'abîme
02/02/2013 11:04 par ninanet
"Le fou et l'écrivain sont des hommes qui voient un abîme et, y tombent" - Honoré de Balzac
Voici ma dernière peinture, ma création du jour :
Enfin du jour, plutôt de nombreuses séances en atelier de peinture, durant lesquelles je me laissais taquiner :
« Encore ton minou ? Ce n’est pas fini ? Est-ce que minou va manger le petit poisson ? Tes fleurs sont trop ceci, trop cela » …
Ah ! Comme il est aisé de se moquer, même avec tendresse. Tout comme mon minou, je faisais le gros dos.
- Et moi d’ajouter, de retirer, de compléter, une fleur par ci, une ombre par là, comme si j’avais besoin d’exprimer un certain regard à travers les courbes, les angles, les dégradés de couleurs.
- Et moi de transformer en moins bien, aux dires de l’animatrice, le tableau comme je le voulais dans ma tête. Moins bien peut-être ? Certes ! Mais pour qui ? Pour moi, impossible de faire autrement ! Je m’y accrochais comme si à chaque fois il me délivrait un nouveau message.
À y réfléchir, n’est-ce pas ainsi que nous menons notre vie ? Par petites touches n’ajoutons-nous pas ce qui pourrait l’améliorer ? Ne faisons-nous pas des erreurs par des réactions irraisonnées, croyant bien faire ? Et ces erreurs ne nous permettent-elles pas de réagir pour mieux nous diriger, même dans l'obscurité ? Parce que tout tunnel, si long soit-il, a sa sortie, la lumière éblouissante lui volera la vedette.
Et finalement en y regardant de plus près, ce tableau est la mappemonde de ma vie.
L’abîme … mon cerveau … ma plume et mes pinceaux …
La suite de mon roman "Gustave" est à la relecture. Avant d'entamer les illustrations intérieures, cet après-midi j'ai fait un grand break. Séance de cinéma en amoureux.
Repos bien mérité pour plonger dans le film "Alceste à bicyclette" qui nous a transportés dans le monde de Molière "le misanthrope". Molière n'a pas pris une ride.
Deux acteurs magnifiques : Fabrice Luchini et Lambert Wilson. Je trouve que Lambert Wilson a un peu volé la vedette à Fabrice Luchini (mon chouchou). Mais peu importe. Ils sont très bons tous les deux. L'Île de Ré à l'honneur, ses vieilles maisons, ses dédales de rues étroites, son bout de mer tantôt calme tantôt en furie, son micro climat, plutôt pluvieux tout de même. Et le vélo qui prend une jolie place entre les auteurs avec un clin d'oeil pour Yves Montand qui y va de son couplet "à bicyclette-te".
Un pur bonheur de voir et d'entendre ces deux monstres qui déclament des vers en rimes et en alexandrins. Le ton est juste, les sentiments exaltés. L'amitié bafouée.
Aujourd'hui on ne prend même plus la peine d'articuler, on slam sur un ton monocorde, on monologue, on codifie (les mails) en défigurant les mots.
En bref j'ai passé un pur moment de bonheur et j'ai décidé de relire Molière.
Lorsque j'ai écrit mon roman "Un soir d'été en Sardaigne" j'ignorais qu'un an plus tard, le sujet serait d'actualité. Un sujet brûlant monopolisant toutes les énergies. Les pour et les contre. Les convaincus, les hésitants, les jusqu'auboutistes ... Et les politiques !
Julien et Matéo, tous deux mariés et l'un est même père d'une petite fille, se rencontrent dans une boite de nuit un soir d'été en Sardaigne. C'est le coup de foudre. Tout bascule. Le retour dans les familles hostiles est très difficile. Ils se cherchent, se trouveront-ils ? Trouveront-ils la véritable solution d'apaisement ? Les amours auront-elles raison des pressions ?
J'ai essayé d'analyser la situation qui dégénère et qui soulève tant de questions existentielles.
Je peux comprendre l'amour sous toutes ses facettes. Je peux comprendre qu'il faut transformer la raison en passion; la raison n'est pas de taille à lutter contre la passion (Spinoza). Que serait la vie sans passion ? Que serait une vie raisonnée où toute émotion disparaitrait ?
Mais à une condition de ne pas faire souffrir les autres. Et moi j'ai peur pour les autres. Pour les enfants !
« Les mots d'une phrase ou d'un vers sont les traces, les cicatrices des sentiments de l'auteur" de Fabrice Luchini.
Je me rends compte de cette évidence
Qu’écrire est un exercice périlleux
Si l’on veut sauver les apparences
Une pirouette et un pas de deux
Les mots nous suivent à la trace
Pour les remords point de place
Exhumer les cadavres des tiroirs
pouvoir expliquer sans déchoir
Souffler sur les braises brûlantes
Effacer ces vérités dérangeantes
Il ne restera que des cicatrices
Que des plaies provocatrices !
Mots maudits
Sonnent
Résonnent
Mots mal dits
La force d’une conviction est sans rapport avec sa véracité (Spinoza).
Ma conviction que tout allait bien se passer fut sans rapport avec sa véracité !
J’aurais aimé vous raconter les émotions des retrouvailles.
J’aurais aimé vous raconter ce jour de joie sans failles.
J’aurais aimé vous raconter la concrétisation de mon rêve
J’aurais aimé ne jamais vous raconter le bonheur en grève.
Il ne s’est rien passé.
Pire, tout a déraillé !
Il ne faut pas sous-estimer son pire ennemi
A force de dire que la neige n’est pas mon amie
Elle a endormi ma confiance
Pour mieux crier vengeance
Elle a étalé son manteau gris et sale
Qui tombait d’un ciel triste et pâle
Elle a découragé les plus vaillants
Point d’anniversaire, faute de combattants !
Dame neige, j’avais encore une carte dans ma manche
Mes deux fils étaient là pour prendre ma revanche
Reine d’un soir je fus à mon arrivée
Gâtée, choyée, chouchoutée, à volonté !
Ma conviction que tout n’est pas toujours noir
Que même dans le plus profond des tunnels
Un coin de ciel bleu est là si on sait le voir
Pour rentrer chez moi, j’ai déplié mes ailes
Retour galère
Mais âme légère
Ma conviction
Positivons !
Oh surprise ! Tout est blanc ! À Saint Raphaël ! Trop beau ! INATTENDU !
Eh oui, il ne sera pas dit que nous ne goûterions pas au plaisir de nos yeux :
Un beau ballet de flocons de neige qui virevoltent et se posent ici ou là. Splendide !
« Gustave » doit trembler de froid et Pépé Charles a déserté son banc (c’est pour les personnes qui m’ont fait l’honneur et le plaisir de me lire).
Même madame météo n’était pas au courant ! On ne va pas la chicaner !
Bizarrement, depuis plusieurs jours je n’arrivais pas à composer le plus beau texte de ma vie et là soudain tout me vient. Tous les mots qui me fuyaient, me narguaient, m’agaçaient, tous revenus avec la sagesse et la blancheur pure de ce spectacle.
Mon cher papa va être ému lorsque je le lui lirai dimanche pour ses quatre vingt dix ans. Ma maman quatre vingt treize ans et tous ses enfants, ses petits-enfants et arrière petits-enfants, tous autour de son gâteau, nous l’aiderons à souffler ses bougies. À cette pensée j’en suis tout émue !
Un miracle du ciel cette neige ? Un signal ? Le hasard pour emballer mon inspiration ?
Merci Madame la Neige, d’habitude je ne t’aime pas, tu me fais froid partout partout, mais là tu es la bienvenue !
"Le seul moyen d’affronter un monde sans liberté est de devenir si absolument libre qu’on fasse de sa propre existence un acte de révolte". Albert Camus
Ce matin en lisant cette citation j’ai compris ma révolte.
J’ai compris que pour être libre, pour exister, pour aimer, pour apprécier la vie, il faut passer par la révolte.
Dans ce monde où tout est loi
Où chaque geste est légiféré
Où chaque parole est enregistrée
Où se rebeller n’est pas de bon aloi
Dans ce monde d’hypocrites
Où les sourires sont forcés
Où les doléances sont tacites
Où les pleutres sont entrés
Dans ce monde que de mes yeux
Couleur soleil ardent je ne veux
Ni entrer, ni sortir, ni parcourir
Parce que libre je veux mourir
Plus de contraintes
Plus d’astreintes
Plus de menaces
Plus de rapaces
Est-ce trop demander
Sans personne gêner
Que de vivre LIBRE
Bonheur au gros calibre
Pour cela il faut se révolter
Il faut laisser gronder l’ire.
Pour cela il me faut chérir
Ma liberté !
Un après-midi avec Mia Chiara.
Claire c’est ma mère, ma sœur, mon amie, mon âme, mon ange, mon double, mon tout.
Comme deux gamines qui s’offrent une grande récréation, nous voilà causant à bâtons rompus dans le petit coin café du cinéma. Autour de nous plus rien n'existe !
Le cinéma Le Lido à St Raphaël est tout neuf. À l’étage, en plein milieu il y a un havre de tentations : pop-corns, bonbons, sucreries diverses et variées, glaces, boissons et café.
Donc avec mon café et sa bouteille d’eau, nous nous sommes installées dans un petit coin « bonheur » pour tout nous raconter. Nous disposons d'une heure avant le film.
Nous nous « mailons » régulièrement mais rien ne vaut ce verbiage avec nos cœurs légers comme deux pinsons et nos yeux qui pétillent.
Et on piplette ! Et elle veut tout savoir, pour être heureuse pour moi. Raconte me dit-elle ! Elle me conseille en grande sœur. Elle est d’une vitalité à couper le souffle. Tout l’intéresse, tout la réjouit, tout la rend belle ! La beauté de l’âme ! Elle est d’une intelligence rare et d’une finesse d’esprit hors du commun. Et des points communs nous nous en trouvons tous les jours davantage car davantage nous nous rencontrons et davantage nous nous comprenons, nous nous complétons.
Claire je l’ai connue au cours d’anglais, où elle officiait bénévolement, à mon arrivée à St Raphaël. Je ne connaissais personne. Je l’écoutais nous parler, nous corriger, nous expliquer. Je l’admirais et je la respectais. Loin de moi l’idée qu’un jour l'Amitié s'imposerait à nous !
Aujourd’hui nous allons voir « Renoir ». Le choix du film s’est imposé de lui-même. Nous avons les mêmes goûts littéraires et artistiques. J’ai oublié de vous dire qu’elle anime également un Club de lecture et qu’elle me corrige tous mes livres. C’est tout ça Claire ! C’est Mia Chiara !
Renoir, je ne peux pas vous le raconter. Renoir c’est beau comme une nuit étoilée un soir d’été, comme un feu d’artifice un quatorze juillet, comme une page de vies qui se raconte avec poésie et justesse. Renoir c’est la lumière, les couleurs, les dialogues, la musique, les chansons, l’amour, la tristesse, la destinée. La réalisation est magistrale. Les acteurs d’une beauté et d’un jeu parfait, les voix sont chaudes, craquantes. Tout ça pêle-mêle, dans l’ordre et dans le désordre. Auguste et Jean Renoir « Tel père, tel fils », ou « bon sang ne saurait mentir » ! Et Michel Bouquet la grande classe !
À la fin du film, nous sommes restées assises quelques minutes à nous regarder, muettes. C’était magique.
Dehors il faisait déjà nuit, nos maris nous attendaient à la sortie et à nous voir aussi rayonnantes, la question « alors c’était bien » était superflue. Ils ont regretté quand même de ne pas avoir été de la fête.
Chaque jour apporte son lot de mauvaises surprises, de comportements indignes d'un bout de la chaîne à l'autre.
Du fils, partir en vacances, abandonner sa vieille maman sans s'acquitter de la somme lui permettant d'avoir un toit, ne le lui offrant pas lui-même !
Au personnel, sensé secourir les personnes âgées, qui l'expulse pour une sordide question d'argent, au mépris des lois humaines et des lois tout court !
J'ai envie de la prendre dans mes bras et de lui chanter une "chanson douce". Je crie ma colère contre cette société imbécile :
Mettre au monde des enfants
Les aimer, les bercer, les élever.
Miracle chaque jour renouvelé.
Sabrée à quatre vingt quatorze ans !
Elle a quatre vingt quatorze ans
Elle est seule, triste et sans dents
Sinon elle mordrait et grincerait
Contre sa survie déshonorée.
En silence et sans une plainte
S’est laissée emmenée, contrainte
D’un rejet à l’autre toujours
Sans amour et sans recours
Elle a quatre vingt quatorze ans
Et se croyait à l’abri des méchants
Un soir, sans autre forme de procès
Dans un hôpital s’est retrouvée.
Oubliée, isolée et esseulée
Rejetée, trahie et désespérée
À son triste sort fut abandonnée
Car elle n’avait pas de monnaie.
Comme on ficelle son chat à un arbre,
Comme on largue son chien en pleine forêt,
Comme on jette une brosse à dents, usée
On meurtrit sa maman d’un coup de sabre.
Le même qui fera sauter les bouteilles de champagne
Le même qui fera courir à ses enfants les campagnes
Le même qui criera au scandale d’un tel forfait
Le même, qui la récupère pour mieux la rejeter
Aujourd'hui c'est dimanche ! Je ne sais pas comment mon cerveau sait qu'on est dimanche. Il tourne au ralenti, refuse de m'inspirer, me taquine en me disant "pose-toi, il fait beau, les oiseaux sifflotent et toi tu veux encore "bouloter". je lève les yeux au ciel et en effet je constate qu'il est limpide, qu'un quart de lune traine encore un peu ici-bas. Il me semble même apercevoir quelques étoiles égarées à moins que ce ne soit le soleil qui me fait un clin d’œil malicieux. Tout est paisible dans ce monde agité.
Je ne fais jamais de grasse matinée parce que très jeune on m'a expliqué que ce sont les fainéants qui s'y adonnent et je l'ai cru. J'ai beau me coucher très tard, mon cerveau me réveille à heure fixe. Je suis conditionnée et je l'accepte car je n'aime pas me lever tardivement. J'ai le sentiment d'avoir perdu du temps pendant mon sommeil. D'autant que je ne peux même pas exploiter mes rêves, je ne m'en souviens jamais. Mon cerveau est un sacré farceur.
Hier je suis allée faire du repérage pour le tome 2 de mon roman "Gustave". Dans un souci de vérité et d'exactitude, j'ai foulé les rues étroites des Tourrettes, vérifié où se situent la poste, l'école, le chemin qu'empruntera mon personnage Simon, parlé aux passants pour connaître quelques anecdotes supplémentaires du village. Et là étrangement ce que je raconte dans mon premier livre m'a été redit par un habitant. Je croyais avoir inventé mais non, lors de ma première dédicace aux Tourrettes où je m'étais promis d'écrire un roman sur le Château, mon cerveau avait tout de suite capté la vérité de ce village et m'a guidée dans mes pérégrinations inventives. Mon cerveau est une éponge ivre.
Bon alors je fais quoi aujourd'hui, si je n'écris pas, si je me pose ? Alors je vais cuisiner ! J'adore cuisiner et j'adore manger. Les deux vont ensemble. Surtout cuisiner pour deux et déjeuner en amoureux c'est un vrai bonheur. Mon cerveau me souffle déjà la composition de mon menu, précisant que nous sommes dimanche et qu'il faut élaborer un menu festif. Mais comment il sait qu'on est dimanche ?
Bon dimanche et bon appétit.